Plan d’économies du gouvernement: mon interview au journal Le Monde

Avec une centaine d’autres députés socialistes, Laurent Baumel (Indre-et-Loire), membre de la gauche populaire, a adressé une lettre à Manuel Valls pour lui demander de changer de ligne économique.

Comment jugez-vous la présentation du plan d’économies faite par Manuel Valls ?

Laurent Baumel : Nous rentrons dans le dur du programme défini par la conférence de presse de Hollande le 14 janvier. On commence à voir un peu plus précisément qu’on ne peut pas faire 50 milliards d’économies sans toucher au pouvoir d’achat des couches moyennes et populaires ou au modèle social. C’est une confirmation de mes craintes.

Avez-vous eu l’impression d’avoir été floué lors du discours de politique générale de la semaine dernière ?

Non, parce que nous n’avons pas cette naïveté. Mais la déclaration de politique générale comportait encore quelques ambivalences qui permettaient de conserver le bénéfice du doute sur une possible réorientation apportée au lendemain des municipales à la politique gouvernementale. Ces ambivalences permettaient de franchir l’étape du vote de confiance et de minorer le nombre d’abstentions. On voyait la force et l’énergie de Valls, mais il disait également qu’il allait respecter le Parlement et qu’il allait discuter avec lui. Et sur le fond il y avait des possibilités d’ouverture sur la question européenne et sur les mesures de justice.

Après l’intervention d’hier, on peut considérer que la dimension « force et énergie » de l’exécutif l’emporte largement sur la discussion et la concertation avec le Parlement. Et, sur le fond, on voit bien que M. Valls n’utilise pas sa popularité pour assumer une inflexion à la politique de Hollande mais au contraire pour la servir pleinement.

Comment qualifiez vous la ligne du plan Valls ?

C’est un plan qui est davantage dans une logique d’austérité que dans celle du redressement juste. On s’éloigne définitivement de l’équilibre qui avait fondé la campagne de François Hollande. Il avait été clairement dit qu’il y aurait un travail de redressement des finances publiques et de l’appareil industriel, mais qu’il se ferait dans la justice et qu’il y aurait la possibilité d’avoir, dès que possible, la possibilité de certaines formes de redistribution ou de soutien au pouvoir d’achat des plus modestes.

Or, on voit bien qu’on est dans l’accentuation des deux piliers de la politique que François Hollande a mis en place à partir de novembre 2012 et qu’il a confirmé dans sa conférence du 14 janvier, à savoir une politique de l’offre massive, sans contrepartie réelle vers les entreprises, financée par des mesures qui tendent presque toutes à grever le pouvoir d’achat des ménages.

Qu’est ce qui différencie ce plan de ceux mis en place par François Fillon lors du précédent quinquennat ?

Pas grand chose malheureusement. On est dans le coup de rabot universel. La principale critique qu’on peut faire à la stratégie actuelle c’est qu’on fait financer une baisse générale et universelle des impôts des entreprises par un gel général et universel des prestations sociales. Donc l’ensemble des catégories populaires et moyennes payent à tour de rôle pour une politique de l’offre dont personne, pas même le patronat, ne peut garantir qu’elle aura un effet sur l’emploi.

Le geste de cinq milliards en faveur des ménages les plus modestes n’est-il pas suffisant ?

C’est une petite correction qui n’est évidemment pas à l’échelle du problème. On a l’impression que ce qui est donné d’une main est repris de l’autre. Je n’achète pas les cinq milliards qui sont mis pour solde de tout compte en disant : « c’est bon, la justice est là ».

Tout ça n’est pas satisfaisant. Il y a quasiment 40 milliards pour les entreprises, sans garanties réelles que ça ne va pas se terminer par des hausses massives de dividendes, plus que par des créations d’emploi. Et on continue à faire financer ça par les couches populaires et moyennes. On reste dans la dérive que je regrette depuis plusieurs mois.

Le groupe PS à l’Assemblée nationale peut-il voter les mesures de Manuel Valls en l’état ?

Au groupe, l’ambiance se dégrade. On approche du moment de vérité où tout va se jouer. Il y a aujourd’hui un large corps autour du fait que cette politique n’est pas équilibrée, surout parmi ceux qui en ont fait les frais lors des élections municipales. Cette ligne-là est majoritaire.

Mais au sein de ce groupe, il y a un débat plus stratégique entre ceux qui pensent que les institutions de la Ve République ne laissent pas d’autre choix que de suivre le président de la République, quelle que soit les inflexions qu’il apporte à sa politique, et ceux, comme moi, qui pensent qu’il faut sortir de cette logique et qu’il faut que la majorité négocie avec l’exécutif le contrat de la politique gouvernementale.

Dans les jours qui viennent il va y avoir un débat sur le fonctionnement même du régime. Certains pensent qu’ils ont été élus parce que François Hollande a été élu, et qu’ils n’ont qu’à se taire sinon il y aura une dissolution. D’autres soutiennent que ce n’est pas comme ça qu’on doit traiter le message envoyé lors des municipales.

N’y a-t-il pas une énorme divergence sur l’interprétation de ce message au sein des socialistes ?

Tout à fait. L’exécutif tente de se persuader que si ça n’a pas marché au cours des deux premières années, si on s’est pris cette énorme défaite aux municipales, c’est parce que la ligne n’a pas été suffisamment assumée et expliquée, qu’en gros, c’est parce qu’Ayrault était trop mou. Ils veulent croire qu’avec un premier ministre plus énergique, plus habile dans la communication, les Français vont adhérer à cette idée d’effort, aux sang et aux larmes.

Je fais partie des gens qui ont une divergence totale d’analyse du divorce avec les Français. Je pense qu’ils nous reprochent le fond. Ils nous reprochent, notamment dans les classes moyennes, de les avoir lourdement mis à contribution pour une politique qui par ailleurs ne produit pas de résultat. Si on ne change pas, je pense que les mêmes causes vont produire les mêmes effets. Il y aura des répliques électorales gravissimes.

Propos recueillis par Nicolas Chapuis.

Non à l’austérité, oui à la justice sociale: ma lettre au Premier ministre

Au nom des cent parlementaires signataires de la proposition de contrat de majorité faite au nouveau gouvernement au lendemain de la défaite de la gauche aux élections municipales (voir article ci-dessous), j’ai écrit, avec d’autres députés socialistes, une lettre à Manuel Valls pour lui faire part de notre opposition à un certains nombre des mesures d’économies qu’il a annoncées hier. Nous refusons notamment le gel des prestations sociales.

Dans ce courrier, nous formulons les grands axes de ce que pourrait être une autre politique économique, plus attentive à la réduction des inégalités et à la préservation de notre modèle social et plus ciblée sur les entreprises qui ont réellement besoin d’une aide de l’Etat. Je suis conscient que des économies budgétaires sont nécessaires, mais je pense qu’il est possible de redresser nos comptes sans remettre en cause le pouvoir d’achat des Français modestes.

Je continuerai à porter ce message, celui des électeurs, dans les semaines à venir.

La lettre des députés au Premier ministre

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Les conditions de la confiance. Pour un contrat de majorité

Voici le texte du contrat de majorité dont je suis l’un des initiateurs et que nous proposons, avec plus de 80 collègues députés, au nouveau gouvernement.

Agir et ne pas subir. La défaite d’ampleur historique que nous venons d’encaisser nous donne une responsabilité sans précédent. Bien plus qu’une protestation de circonstance, les Français ont exprimé des positions très politiques et, dans leur diversité, des demandes de justice, d’efficacité économique et d’égalité républicaine.
Depuis de longs mois, les élus locaux et les députés avaient alerté sur le fossé qui se creusait entre la gauche au pouvoir et son électorat. Cette défaite électorale ne doit pas se transformer en renoncement démocratique. Au contraire, le temps du Parlement est venu. L’affirmation de la volonté politique est encore plus à l’ordre du jour. Le dialogue avec le nouveau Gouvernement s’engage dès maintenant. La représentation nationale doit être digne de sa mission et à la hauteur de ce moment de notre histoire. Il lui revient de participer aux nouvelles orientations qu’exige cette nouvelle étape.

Dans ce but, il faut aller plus loin que les habitudes et les certitudes. Pour répondre vigoureusement à l’épuisement institutionnel, nous proposons un contrat de majorité, dans la durée.
En effet, pour restaurer la confiance avec les Français, il faut recréer aussi la confiance avec le Parlement. Celui-ci doit apporter sa légitimité en soutien des choix que les citoyens de tous horizons attendent de la gauche au pouvoir.
Notre première contribution au contrat de majorité privilégie les orientations ainsi rappelées :
1) Obtenir une réorientation européenne mettant fin aux politiques d’austérité qui ont
enfoncé l’Europe dans la récession. Pour cela, il faut mettre en oeuvre des trajectoires
budgétaires soutenables, compatibles avec le retour de la croissance et la baisse du chômage. Les trajectoires budgétaires imposées aux Etats et à l’Union, sans distinguer selon la nature des dépenses, ne sont pas des tabous. Il y a urgence à les rediscuter. La Commission doit enfin changer de cap. L’élection européenne, le 25 mai, sera aussi l’occasion de mener ce combat. Il n’y aura pas d’échappatoire au déclin si les consolidations budgétaires ne sont pas accompagnées d’investissements massifs publics et privés, soutenus par l’Union, dans les énergies renouvelables, les transports, le numérique, la construction de logements et la recherche.
2) Concentrer les moyens publics sur la création réelle d’emplois et, ainsi, intensifier le
redressement productif. Pour cela, substituer un pacte national d’investissements, négocié jusqu’au niveau des entreprises, aux mesures les plus coûteuses et sans conditions actuellement envisagées dans le pacte de responsabilité. Concentrer les marges de manoeuvre de la France sur l’emploi, l’investissement, la formation, c’est la condition de la protection des salariés contre le chômage de masse.
3) Défendre des décisions de justice et de pouvoir d’achat : des mesures en faveur des bas salaires, la réforme fiscale et la CSG progressive, l’effort en faveur des retraites les plus modestes, que nous avons demandés depuis des mois. Ces améliorations de pouvoir d’achat, combinées au développement des emplois aidés non marchands pour les jeunes et les chômeurs de longue durée et aux investissements publics, contribueront à soutenir la demande, indispensable à la reprise économique. C’est, par ailleurs, la seule façon de rendre efficaces les politiques d’offre déjà mises en oeuvre.
4) Réaffirmer et amplifier les choix et les engagements de 2012 :
• Muscler les efforts de régulation des activités financières et bancair, et leur mobilisation pour l’investissement et les territoires. Promouvoir la responsabilité sociale et
environnementale des multinationales et leur « devoir de vigilance ».
• Rendre populaire la transition écologique : financement et avances pour les travaux de
rénovations énergétiques, co-investissements citoyens dans les énergies renouvelables,
plan de remplacement des véhicules et équipements anti-écologiques.
• Engager un mouvement de transformation de l’Etat et des collectivités locales, avec les
citoyens et les agents publics. Nous soutiendrons les économies efficaces, pas les
régressions sociales : non aux économies de dépense qui conduisent à des reculs pour la
Sécurité sociale ou à la panne de l’investissement public !
• Défendre l’égalité des territoires par un socle de droits (le « bouclier »), une relance des économies locales, un remaillage des services publics sur deux piliers : l’éducation et la
santé.
• Revitaliser la démocratie française. Un sentiment d’abandon exaspère aujourd’hui de
nombreux Français. Ils se sentent oubliés, incompris, pas écoutés. Pour écouter les
citoyens et mobiliser la société, nous devons inventer des formes participatives nouvelles
et lutter contre toutes les formes d’exclusion. Dans notre République, nous sommes
différents, mais tous égaux devant la loi. Le pays ne se sent pas représenté, encore plus quand le Parlement n’est pas entendu. La nouvelle étape doit retrouver les droits et les devoirs du Parlement. Notre majorité sera plus soudée, si elle inaugure des manières modernes de préparer les grandes décisions et de délibérer.

Ne laissons pas s’installer de faux clivages entre les « cigales » et les « fourmis », mais nous savons aussi que jamais la France ne se redressera dans l’austérité et en laissant exploser le chômage et les inégalités. Nous faisons le choix d’une politique qui marche. Nous recherchons l’équilibre entre les salariés et les entreprises et entre les efforts et la justice, pour toutes les composantes de la société.
Refusant la fuite en avant façon Sarkozy, nous choisissons l’efficacité pour mener les politiques d’investissement, la transformation de l’Etat, l’innovation publique.
Les Français n’ont pas changé depuis le 6 mai 2012, ils sont déçus. Ils ne sont pas versatiles, ni ralliés à l’UMP qui n’a rien d’autre à proposer que la dérégulation et l’austérité. Il est impératif d’exprimer une vision claire et offensive du futur de la France et de son rôle en Europe. Les Français ont le sentiment que la politique qu’ils avaient choisie n’est pas assumée. Ils nous l’ont dit dans les urnes. Il faut maintenant passer des urnes aux choix et, pour nous, des mots aux actes. Les temps qui viennent sont pour tous, et pour chacun d’entre nous, une épreuve de vérité.

Le vote populiste est un appel à l’aide!

Traduction de ma contribution aux travaux de la Fondation Friedrich Ebert – cliquez ici pour la version originale allemande

Le populisme gagne du terrain en Europe. Les résultats des dernières élections municipales en France l’ont encore montré récemment. A moins de deux mois des élections européennes, le risque d’une entrée massive de députés populistes au Parlement européen est réel. Le projet européen, déjà abîmé par la gestion douloureuse et impopulaire de la crise financière, serait alors sérieusement en danger.

Pour combattre efficacement les populismes, la gauche européenne doit d’abord éviter de se fourvoyer dans l’identification des causes de leur succès. Les trois explications à la montée des populismes les plus fréquemment avancées sont en réalité insuffisantes.

Premièrement, le succès des populismes ne serait qu’une réaction de protestation des électeurs face sentiment d’une élite politique corrompue : « Tous pourris ». Cette explication peut être partiellement valable dans des pays comme la France, l’Italie ou la Grèce, où la corruption ou les affaires de financement illégal des partis demeure un problème minoritaire mais réel. En revanche, elle devient caduque dans les pays du Nord de l’Europe : les affaires de corruption y sont très rares mais ils hébergent pourtant des partis populistes puissants.

Le refus de l’immigration et l’attraction du discours sur la « préférence nationale » sont également souvent mis en avant pour expliquer les bons résultats des partis populistes. En vérité, l’importance des discours xénophobes, bien réels et toujours aussi détestables, est surestimée par les médias et de nombreux responsables politiques de gauche. Cette surinterprétation masque les ressorts réels du vote populiste qui présente plus l’aspect d’un appel au secours que d’une obsession de l’étranger[1].

Enfin, la popularité des populismes serait le résultat naturel de la droitisation culturelle des sociétés européennes. Il est vrai que la peur du déclin de nos pays liée au sentiment d’une perte de leur influence dans le monde s’est répandue dans les esprits. Cette inquiétude alimente le repli sur soi et le retour à des valeurs conservatrices dont la méfiance à l’égard de l’islam et l’opposition au mariage homosexuel sont les symptômes les plus marquants. Mais la droitisation culturelle ne suffit pas, à elle seule, à expliquer l’ampleur du phénomène populiste, d’autant qu’elle s’accompagne d’une libéralisation sensible des mœurs dans l’ensemble de la société, y compris dans les familles conservatrices.

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Les progressistes européens doivent prendre conscience que les succès des populistes sont plutôt l’expression politique d’un grand désarroi des sociétés européennes face aux mutations rapides de leur environnement et à l’insuffisance des réponses politiques qui y sont apportées.

La crise a accéléré la déstabilisation économique et sociale de pays européens pourtant prospères. Partout, on constate des fractures sociales et territoriales grandissantes qui séparent la société entre les gagnants de la mondialisation, des inclus qui craignent l’exclusion et des exclus. Les premiers vivent en zone urbaine et ont accès à des emplois plus stables et aux réseaux de communication et de transports modernes. Les seconds sont souvent au chômage ou titulaires d’un emploi précaire et mal rémunéré. Ils appartiennent aux classes populaires et moyennes et redoutent le déclassement pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Ils résident dans des zones désindustrialisées, rurales ou périurbaines et sont relégués en périphérie des hubs mondialisés auxquels ils ont difficilement accès.

Les politiques menées par les gouvernements de gauche comme de droite n’ont pas su résorber ces fractures. Les inclus menacés d’exclusion, électeurs des partis populistes, ont le sentiment de déficiences répétées des États et des modèles sociaux à les protéger et à les accompagner dans ces mutation, à redistribuer les richesses et à réguler l’économie. La montée des populismes résulte de la faillite sociologique des Etats sociaux à fonctionner au profit des couches moyennes et populaires intégrées.

C’est également de cette manière qu’il faut interpréter le succès des discours anti-européens des partis populistes. Le modèle européen, qui paraissait offrir un compromis vertueux entre marché et protection sociale, est fragilisé par la concurrence économique de zones géographiques moins avancées socialement et par l’offensive idéologique néo-libérale. C’est chez les ouvriers et les employés que l’on trouve les plus forts rejets d’une Europe qui, loin de tenir sa promesse initiale d’être le bouclier social contre la mondialisation libérale, constitue trop souvent le cheval de Troie de cette dernière.

En ce qu’il se concentre dans des catégories de populations bien déterminées – couches populaires intégrées constituées d’ouvriers et d’employés, couches moyennes en voie de déclassement -, le vote populiste constitue aussi un « vote de classe » et un véritable pendant de l’abstention. Autrefois dirigé vers les partis progressistes ou communistes dont les visées étaient universalistes, il bénéfice aujourd’hui aux candidats qui font du repli sur soi et de la défiance leur fonds de commerce. Le vote populiste est donc aussi une défaite de la social-démocratie qui s’est coupée de son électorat naturel.

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Il est urgent que la gauche européenne réagisse. Mais de la même manière qu’il y a de mauvaises interprétations du vote populiste, il y a de mauvais combats. Il en va ainsi du combat moral : s’il ne faut jamais cesser de condamner les propos xénophobes ou antisémites, les jugements moraux portés à l’encontre des électeurs populistes peuvent rapidement devenir contre-productifs car ils attisent le clivage vertical entre des élites « bien-pensantes » et des « masses racistes » qui est l’un des moteurs du vote populiste. De la même manière, le combat idéologique peut être efficace pour montrer que les solutions démagogiques proposées par les partis populistes auraient des effets dévastateurs. Mais s’en contenter revient à ignorer le fait que les électeurs ne prennent pas ces solutions au pied de la lettre et sont davantage attirés par le discours et les valeurs mis en avant par les responsables populistes.

La bonne réponse à la montée des populismes se situe dans la restauration de la légitimité et de la capacité d’action du politique. Les progressistes européens doivent s’atteler à donner à la communauté des citoyens le sentiment d’une prise sur son destin. D’abord en continuant à affirmer des valeurs d’égalité, de liberté et de respect d’autrui afin de fixer des repères dans un monde en désordre. Ensuite, en développant l’idée que les Etats européens, unis, peuvent retrouver leur souveraineté dans la mondialisation. L’Europe libérale n’est pas une fatalité, et il est nécessaire de définir une politique macroéconomique européenne de croissance et d’emploi, articulée autour de trois axes : accroissement des moyens fiscaux et budgétaires communs pour financer de grands projets d’investissement, assignation d’un objectif d’emploi à la Banque centrale européenne, protection de l’économie européenne par une politique commerciale de juste échange. Enfin, en remettant la question sociale au cœur du débat public. Les sociaux-démocrates sont les mieux armés pour penser et mettre en œuvre des solutions qui permettent de sortir du clivage peuple/élite. Il s’agit de mettre en avant la bonne conflictualité sociale, sous la forme d’un dialogue constructif entre les partenaires sociaux, entre le capital et le travail qui doit prendre le dessus sur la dangereuse confrontation ethnique ou religieuse. Les progressistes doivent faire fonctionner les Etats-providence au profit des couches populaires et moyennes et pas seulement de l’extrémité basse de l’échelle sociale. La régulation, la redistribution et la justice sociale sont les meilleurs outils pour lutter contre les populismes et reconquérir l’électorat populaire.



[1] En France, Emmanuel Todd et Hervé Le Bras ont montré, empiriquement, en 2013 (Le mystère français, Seuil), qu’il n’y aucune corrélation entre la présence d’immigrés sur un territoire et le vote pour Marine Le Pen.

Sans réorientation rapide de la politique, le vote de la confiance au futur gouvernement n’est pas acquis

Le second tour des élections municipales a confirmé et amplifié le message envoyé par les électeurs au premier tour. Malgré leurs bons bilans municipaux et leurs engagements quotidiens au service de leurs concitoyens, les élus socialistes sortants ont injustement payé les erreurs et les déséquilibres de la politique nationale.

Aussi nécessaire soit-il, un remaniement gouvernemental sans inflexion de la politique menée ne serait qu’un leurre. Le temps des ruses tactiques et des opérations de communication est révolu. Nous n’avons plus le luxe de biaiser avec la démocratie. Plus qu’un changement de femmes et d’hommes, il faut une réorientation urgente et profonde de la politique que nous menons.

Depuis de longs mois, avec le collectif de la Gauche populaire que j’anime, j’affirme que la lutte nécessaire contre le chômage ne justifie pas la politique purement idéologique de cadeaux fiscaux massifs et sans contreparties aux entreprises et que l’urgence est plutôt de réorienter la politique européenne pour sortir de l’austérité actuelle. Depuis de longs mois, je considère que la gauche au pouvoir se détourne de sa mission si elle ne répond pas d’abord aux attentes des couches populaires et moyennes en matière de justice sociale et de pouvoir d’achat, à travers notamment une grande réforme fiscale redistributive.

Sans cette réorientation, nous ne réussirons pas le quinquennat.

Le Président et le gouvernement sont placés devant leurs responsabilités historiques. Mais je prendrai également les miennes, là où je suis sommes. Sans réorientation réelle de la politique de la gauche au pouvoir, mon vote de confiance au futur gouvernement n’est pas aujourd’hui acquis.

«Hollande est plus proche de Blair que de la social-démocratie» – Interview au Figaro

Lors de sa dernière conférence de presse, François Hollande a opéré un virage social-démocrate. Comment analysez-vous ce virage?

Je ne qualifierais pas ce tournant de social-démocrate. En présentant sa politique de l’offre, François Hollande a développé l’idée que la justice sociale serait la conséquence d’une plus grande performance économique. La social-démocratie se caractérise par l’idée d’une tension et d’un équilibre entre efficacité économique et justice sociale. Sur le plan de la méthode, elle repose sur un accord entre les syndicats et le patronat alors que le pacte de responsabilité proposé par François Hollande n’est pour le moment qu’une esquisse d’accord entre le gouvernement socialiste et le Medef. Le premier tour de table montre que les syndicats sont sceptiques sur la réalité des contreparties possibles. Davantage qu’à la social-démocratie, nous avons pour le moment affaire à un social-libéralisme d’Etat qui rappelle la période «Blair-Schröder».Il s’agit bien sûr d’une variante française puisque François Hollande ne veut pas s’attaquer aux droits sociaux.

 

 

Est-ce une évolution que vous approuvez ou que vous regrettez?

Je reconnais le bien-fondé d’une politique de l’offre et la nécessité de traiter la question du coût du travail dans un contexte de concurrence féroce. Néanmoins, le risque d’une nouvelle baisse de charges non ciblée et non conditionnée, comme pour le CICE, m’inquiète en effet. Le gouvernement de gauche doit viser l’efficacité et non répondre à une revendication idéologique du Medef et des libéraux. Par ailleurs, les sujets de la justice sociale et du pouvoir d’achat restent des sujets majeurs qui ne doivent pas être complètement subordonnés à la lutte contre le chômage.

Le tournant François Hollande est-il comparable au tournant de la rigueur de François Mitterrand en 1983? En quoi?

Le tournant de 1983 était un tournant pragmatique pris dans l’urgence. Il s’agissait essentiellement d’arrêter une politique d’expansion et de la remplacer par une politique de stabilisation dans une logique qui restait keynésienne. En revanche, il y a eu un premier tournant idéologique dans le second septennat de François Mitterrand lorsque Pierre Bérégovoy était Premier ministre: un tournant monétariste libéral qui avait conduit la gauche à une défaite majeure en 1993. Je ne voudrais pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Selon vous, François Hollande a-t-il trahi ses promesses de campagne? Peut-on parler de reniement?

Je ne parlerais pas de trahison ou de reniement. Mais François Hollande a révisé l’équilibre de sa campagne, notamment la dialectique sous-tendue par sa formule sur le «redressement juste». Au fil du temps, on perçoit bien ce qui est fait pour le redressement mais beaucoup moins pour la justice.

 

 

Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait su reconquérir une partie de l’électorat populaire qui faisait défaut au PS. Celui-ci semble de plus en plus défiant à l’égard de l’exécutif. Est-il définitivement perdu pour le parti socialiste?

Non, l’électorat populaire n’est pas perdu définitivement, mais le temps est compté. S’il n’y a pas assez rapidement des inflexions apportées sur la politique économique et fiscale, une fraction importante de l’électorat populaire risque de cristalliser son rejet de l’expérience en cours. Quand bien même, le président de la République parviendrait en fin de mandat à une légère inversion de la courbe du chômage, cela risquerait de ne pas suffire. Le précédent de Lionel Jospin, qui avait su créer des emplois et qui avait pourtant été éliminé dès le premier tour de la présidentielle, devrait faire réfléchir. Il ne faudrait pas que le PS combine les erreurs qui ont conduit aux défaites de 1993 et 2002: une dérive idéologique, le glissement libéral, combiné à une erreur d’agenda, la focalisation exclusive sur le taux de chômage.

Après le mariage pour tous, le PS est en train de ré-ouvrir le débat sur l’avortement et devrait également se pencher sur la question de l’euthanasie. Cette frénésie sociétale est-elle une manière d’esquiver le débat économique et social?

Il ne s’agit pas d’une diversion puisque le président de la République a mis lui-même la question économique au cœur du débat lors de sa dernière conférence de presse.

On se souvient de la note du think tank Terra Nova qui préconisait au PS de se tourner vers les cadres et les minorités plutôt que vers les classes populaires. Le gouvernement poursuit-il aujourd’hui cette stratégie? Est-ce vraiment la bonne stratégie?

Il est certain que l’alliance sociologique qui est implicitement visée par la politique actuelle continue de faire trop l’impasse sur ce que j’appelle les couches populaires intégrées. Ces millions d’ouvriers et d’employés modestes qui travaillent encore mais peinent à tirer les fruits de celui-ci. C’est ce corps central de la société français, que Terra Nova avait proposé d’écarter au motif qu’il glisserait culturellement à droite, avec lequel François Hollande avait renoué en partie en 2012 et qui s’éloigne de nouveau aujourd’hui.

Quel pourrait être la stratégie alternative pour la gauche?

La bonne stratégie permettrait de répondre à la fois aux chômeurs, aux travailleurs précaires, et aux travailleurs intégrés souffrant de la stagnation salariale. Tant que la gauche ne traitera pas correctement le triptyque exclusion/précarisation/déclassement, elle ne pourra pas fédérer l’ensemble de sa base sociale et aura du mal à construire une majorité durable.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio – Le Figaro

Mon discours de vœux aux habitants de la circonscription

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités militaires,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je veux d’abord remercier Jean Serge Hurtevent de nous mettre à disposition pour la deuxième année consécutive cette salle de Cheillé. Je ne sais pas si nous allons instituer tous les mois de janvier jusqu’en 2017 et au-delà, je l’espère, le rendez-vous de Cheillé mais pourquoi pas ? Cheillé a, dans le fond, l’avantage d’être au centre géographique de la quatrième circonscription et, symboliquement, j’aime bien cette idée qu’il faut exactement le même temps pour venir ici de La Riche ou de Chinon.

Je suis heureux que ayez répondu nombreux à mon invitation ce soir.

Je salue évidemment les maires et conseillers généraux présents: ceux qui partagent ma sensibilité politique mais aussi les autres qui viennent ici dans un esprit républicain. J’en profite pour dire que si le climat de la campagne de 2012 a pu peser au début de mon mandat, j’entretiens aujourd’hui des relations apaisées et cordiales avec l’ensemble des élus de ma circonscription, et c’est en tout cas évidemment ce que je souhaite, considérant que sur toute une série de dossiers locaux les clivages partisans ne sont pas en jeu.

Puisque je ne suis pas astreint, tel un préfet ou sous-préfet, à un devoir de neutralité, on ne m’en voudra pas de saluer aussi quelques amis engagés, comme tête de liste, dans les élections municipales de leurs communes : Pascale Boudesseul, Céline Delagarde, Wilfried Schwartz, Gaetan Thareau,…

Au-delà de ces maires et candidats, je vous salue tous, élus, militants, sympathisants et citoyens qui me font l’amitié de leur fidélité et l’honneur de leur présence.

Je veux transmettre les excuses de Frédéric Thomas, Philippe Le Breton, Mohamed Moulay,

Cette cérémonie des vœux est pour moi comme pour tout élu une occasion pour rendre compte de mon activité.

Je commencerai par mon activité nationale.

Sous le régime de la Cinquième République où nous nous trouvons, cette partie du discours des vœux d’un parlementaire de la majorité consiste essentiellement à égrener et valoriser les réformes entreprises par le gouvernement qu’il soutient et à indiquer, au passage, la part qu’il a prise dans celles-ci comme rouage de travail.

Il n’est pas inutile, de fait, pour un député s’adressant en début d’année aux concitoyens de sa circonscription, de rappeler quelques bonnes lois méconnues adoptées dans l’année écoulée. Je suis heureux par exemple de pouvoir vous dire ce soir qu’avec mes collègues, nous avons voté en 2013 une proposition de loi renforçant les pénalités pour les entreprises qui ferment un site rentable, que nous avons renforcé les moyens de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, avec des premiers résultats dont la presse rend compte ces jours-ci, que nous avons encadré les loyers dans les grandes agglomérations, étendu les tarifs sociaux de l’énergie, généralisé la complémentaire santé pour tous les travailleurs dans le cadre de l’ANI, introduit un salaire minimum garanti de 4 600 € pour les jeunes médecins qui s’installent dans les déserts médicaux, remis en place la formation des enseignants,ou encore, adopté une loi sur le cumul du mandat, qui sera définitivement votéemardi prochain.

Pour ma part, j’ai été en 2013 chef de file de mon groupe dans le débat sur la loi bancaire. Je suis heureux d’avoir, à cette occasion, un peu pesé pour accroitre d’avantage la séparation des activités spéculatives et pour instaurer un vrai plafonnement sur les frais bancaires.

Mais, évoquant ici les heures que je passe à Paris les mardis et mercredis de chaque semaine, je souhaite aussi vous parler de mes combats politiques. Même s’il m’arrive, comme tout bon parlementaire, de profiter de ces deux journées pour aller plaider des dossiers locaux dans les Ministères, je m’efforce en effet aussi de participer pleinement à la discussion politique permanente qui se mène à Paris sur le sens et la pertinence de la politique que nous menons.  

Tout au long de l’année 2013, j’ai plaidé, vous le savez, pour un rééquilibrage de la politique budgétaire et fiscale qui est menée.

Je souscris évidemment à la nécessaire réduction des déficits, ou en tout cas à l’idée d’une trajectoire qui permette de baisser l’endettement de la France et nous rende ainsi à terme moins dépendant des mouvements d’humeur des marchés financiers internationaux.

Je souscris évidemment aussi à la priorité accordée par le Président de la République à la lutte contre le chômage. J’ai voté avec satisfaction les emplois d’avenir, les contrats de génération, la création de la Banque Publique d’Investissement. Même si j’ai moins apprécié sa position sur le dossier Michelin, je soutiens aussi la nouvelle politique industrielle impulsée par Arnaud Montebourg.

J’admets parfaitement l’idée qu’on ne créera pas des emplois sans le concours des entreprises, et que celles-ci peuvent avoir dans certains secteurs des problèmes de concurrence ou d’érosion de leurs marges qui justifient qu’un gouvernement socialiste mais réaliste appréhende la question de la baisse du coût du travail.  

Mais j’ai pour autant des réserves et des doutes sur la façon dont l’exécutif opère aujourd’hui dans la mise en œuvre de cette double politique de redressement, financier et productif.

Je ne crois pas d’abord que nous fassions tout ce qu’il faut sur le terrain de l’emploi:pour moi, sauf à créer un salariat payé au rabais, ce qui n’est pas notre choix de société, une baisse massive du chômage n’est pas possible sans relance de la croissance, c’est-à-dire s’il n’y a pas un changement profond dans le pilotage macroéconomique de l’Europe. Je pense qu’il faudrait avoir le courage d’affronter la chancelière allemande sur cette question, de remettre radicalement en cause la vision purement austéritaire et disciplinaire de l’Europe, quitte à provoquer pendant quelque temps ce genre de tensions politiques dont le général de Gaulle, en son temps, avait su prendre le risque.

Je ne crois pas, surtout, que la priorité accordée à l’emploi justifie qu’on relègue toutes les autres aspirations au second plan, et notamment l’aspiration de tous ceux qui travaillent à tirer les fruits légitimes de leur travail. La crise, les délocalisations, les restructurations tendent certes à diffuser et généraliser l’angoisse du chômage. Chaque famille est touchée ou peut l’être potentiellement, ne serait-ce qu’à travers l’interrogation sur l’avenir des enfants. Mais, même en période de crise, il y a encore – et c’est heureux – une majorité de Français qui travaillent. Il y a notamment des millions d’ouvriers, d’employés qui ont un CDI, qui ne sont pas immédiatement menacés de le perdre mais qui, parce qu’ils subissent depuis trop longtemps la stagnation des salaires et l’augmentation parallèle du coût de la vie, ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, à payer les traites de la maison, à faire le plein dans les voitures, à financer les études des enfants, et je ne parle pas des loisirs et des vacances. Cette France-là, cette France des couches populaires et moyennes, qui est le corps central de notre société est un peu oubliée. Elle bénéficie certes largement de notre modèle social à travers les services publics gratuits et la sécurité sociale, mais elle a le sentiment, pas toujours infondé, de payer de plus en plus sans faire l’objet, pour autant, de l’attention des gouvernants successifs. C’est cette France-là qui aujourd’hui se décourage, se désillusionne, et est de plus en plus attirée par le discours populiste de l’extrême-droite.

Le président précédent avait fait beaucoup de promesses à cette France du travail. Il ne les a guère tenues et en a d’ailleurs payé le prix. L’actuel président n’a pas promis monts et merveilles mais il avait parlé dans sa campagne d’un « redressement juste », d’un temps de la redistribution qui pourrait venir, laissant entendre que la préservation et l’amélioration des conditions de vie des couches populaires et moyennes feraient aussi partie de ses objectifs politiques. Cet équilibre n’apparaît plus suffisamment à mes yeux dans la politique que nous avons mené en 2013. Il y a certes, ici ou là, quelques mesures de pouvoir d’achat – que j’ai rappelées – mais l’évolution de notre politique fiscale a peu à peu tout balayé : alors que le début du quinquennat avait consacré l’idée de concentrer l’effort sur les couches les plus aisées, tout le monde a eu le sentiment d’être mis à contribution. La désastreuse affaire du gel du barème, qui a fait entrer dans l’impôt, des modestes retraités, a été un symbole de ce glissement, tout comme le choix de faire financer, avec le CICE, 20 Mds de baisse de charges par des hausses de TVA.

Co-fondateur et animateur d’un groupe de députés « La gauche populaire » qui s’est fondé en 2011 sur cette volonté de répondre aux attentes de la France du travail, je me suis battu tout au long de l’année 2013 pour défendre cette idée du pouvoir d’achat, de la lutte contre les inégalités, et de la justice sociale comme des fils directeurs de nos choix qui ne peuvent pas être subordonnés ou disparaître complètement derrière les objectifs de redressement des comptes ou d’amélioration de la compétitivité. J’ai émis des réserves vis-à-vis du CICE, en demandant à plusieurs reprises que cet avantage fiscal soit au moins ciblé sur les entreprises réellement exposées à la concurrence internationale, ce qui n’est pas le cas par exemple des géants de la grande distribution ou des cliniques privées. Pendant toute la durée du débat budgétaire, de juin à décembre, j’ai surtout mené un combat important, en compagnie de 75 parlementaires de la majorité, pour réclamer et proposer une réforme fiscale susceptible de rendre du pouvoir d’achat aux salariés modestes en baissant leur impôt sur le revenu ou leur CSG.

J’ai mené ce combat en prenant la parole dans la réunion hebdomadaire de mon groupe politique, comme dans les échanges réguliers que nous avons avec les Ministres. J’ai choisi aussi, vous le savez, de m’exprimer librement dans les médias. Certains, dans ma famille politique, m’en ont fait le reproche. Je peux entendre et comprendre ce reproche. En ces temps d’adversité, où la gauche gouvernementale est par définition prise sous le feu croisé d’une droite agressive, ayant mal admis sa défaite de 2012 et une extrême-gauche qui reste beaucoup dans le « y a qu’à faut qu’on », il est important de conserver une certaine solidarité. Je le fais en votant tous les textes arbitrés par mon groupe, même lorsque je ne suis pas d’accord avec leurs équilibres. Je n’en considère pas moins qu’un parlementaire de la majorité a le droit et le devoir de s’exprimer, même publiquement, lorsqu’il a le sentiment que le gouvernement qu’il soutient s’écarte des principes fondamentaux ou des objectifs qui doivent guider l’action de sa famille politique

Cette liberté du député était la norme sous la troisième et la quatrième république. Le candidat avait son propre programme, ses combats et s’affiliait à l’Assemblée à des groupes parlementaires moins structurés. Avec la Cinquième république, et singulièrement depuis le quinquennat et l’inversion du calendrier, nous avons basculé dans une logique qui tend à faire du député de la majorité, investi par son parti et élu un mois après le Président de la République, un homme ou une femme dont la fonction principale consiste à voter les textes élaborés par les collaborateurs du Président. Je vois les progrès que ce régime nous a apportés: plus de transparence pour les électeurs, plus de stabilité dans les institutions. Mais je me refuse à « intérioriser » totalement cette logique, à devenir le soldat résigné ou silencieux d’une armée dirigée par un général en chef qui décide seul de tout et en toutes circonstances.

Ce n’est pas mon orgueil que je défends ici mais une conception de la fonction parlementaire et de la démocratie. Je pars du principe que nous avons, nous aussi,été élus, et ce qui nous lie c’est d’abord le contrat que nous avons passé avec nos propres électeurs. Pour moi, ce contrat ne dit pas « nous soutiendrons un homme, quoiqu’il fasse et quoiqu’il dise ensuite ». Ce contrat dit « nous voulons aider le President de la République  à réussir le projet qu’il a lui-même présenté aux Français ». Et cela suppose un débat permanent sur la manière de s’y prendre face à des réalités complexes et changeantes. Je pars aussi du constat qu’il faut bien que la voix des électeurs soit portée. Ai-je tout simplement le droit de rester silencieux le mardi à Paris après avoir croisé pendant le week-end des électeurs sincères qui me disent  « on est déçu » ou « on ne comprend pas » ? Les milieux d’affaires, les dirigeants du CAC 40 campent dans les ministères, ils sont organisés. Ils ont leurs relais dans les cabinets mêmes et la technostructure d’Etat pour se faire entendre, et force est d’ailleurs de constater qu’ils y parviennent assez bien. Mais qui remontera les problèmes et les attentes des citoyens ordinaires si les parlementaires ne le font pas ?

Quant à la question d’exprimer ses différences d’appréciation publiquement, plutôt que de réserver ses commentaires à des réunions internes, à supposer qu’avec twitter et les smartphones il puisse encore exister une seule réunion qui soit véritablement « interne », j’observe que notre démocratie est elle-même devenueune démocratie médiatique et que les idées n’avancent et n’acquièrent de la force dans le processus politique qu’à condition d’avoir été portées dans le débat public. C’est parce que nous ne sommes pas restés confinés aux débats techniques de la commission des finances, c’est parce que nous avons porté notre proposition de réforme fiscale dans les médias, que Jean Marc Ayrault, lorsqu’il s’est trouvé acculé par le mouvement des bonnets rouges et d’autres révoltes à rechercher une sortie politique par le haut, a pu se saisir à son tour de cette idée en lui donnant le sens d’une véritable initiative politique, qui a d’ailleurs fait en effet retomber la pression sur ce sujet.

Je n’ai donc pas de scrupule à m’exprimer, à dire ce que je pense, et je continuerai à le faire en 2014 chaque fois que je le jugerai nécessaire. Les mois qui viennent en fourniront à coup sûr l’occasion. Le pacte de responsabilité qui vient d’être annoncé par François Hollande a le mérite de vouloir prendre à bras le corps la question du coût du travail et de vouloir « mouiller » les entreprises dans le combat contre le chômage. Mais je suis désolé de dire qu’il soulève aussi de nombreuses questions : comment allons-nous garantir qu’il y aura en face des 35 Mds d’euros de baisse de cotisations annoncées, des créations effectives d’emploi ? Dans ces périodes de restriction budgétaire, où nos communes ne savent plus comment elles financeront leurs services de base, on n’a pas le droit de faire des chèques en blanc. Quelles dépenses allons-nous réellement pouvoir baisser, sans mettre en danger notre modèle social, pour financer ces baisses de “charges” patronales ? Je rappelle au passage que ce qu’il est devenu commun d’appeler des « charges » sont des cotisations, des recettes pour financer des prestations que l’on est pas toujours pressés de supprimer… Que devient, surtout, l’autre aspect de la réforme fiscale, celui qui avait été annoncé par le Premier Ministre, et qui devait, précisément, apporter des débuts de réponse sur le terrain de la justice sociale et du pouvoir d’achat ?

Vous pourrez compter sur moi pour exercer à la fois, en 2014, mon soutien et ma vigilance, pour œuvrer, partout où je peux parler et agir, à la prise en compte des aspirations et attentes de ceux qui comptent sur nous ou ont besoin de nous.

 

Rendre compte c’est vous dire ce que je fais le mardi et le mercredi à Paris, c’est aussi vous dire ce que je fais ici en circonscription du jeudi au lundi.

Je m’efforce tout d’abord d’être fortement présent, au côté des élus locaux et des bénévoles associatifs, dans tous les évènements qui font la vie de notre circonscription. Chaque semaine, je me rends dans des assemblées générales d’associations, dans des fêtes de quartiers ou de villages, dans les cérémonies et célébrations, dans des inaugurations d’équipements ou d’aménagements. Cette présence est pour moi une façon de témoigner une reconnaissance symbolique à l’égard de ces multiples initiatives et traditions locales qui créent le lien social et la qualité de vie dans nos territoires. Chaque semaine qui passe me procure notamment la possibilité de ressentir et d’apprécier l’art qu’a notre Touraine de valoriser ses terroirs et son patrimoine, cette alliance subtile de la nature et de la culture qui caractérise notre région.

Cette présence dans les 8 cantons et 78 communes qui s’étalent du sud de la Loire et à l’ouest de l’A 10, des faubourgs de Tours aux confins de la Vienne et du Maine et Loire, est aussi une façon de pouvoir parler, au-delà des élus et des responsables économiques, avec mes électeurs. J’aime beaucoup ces contacts directs en marge des cérémonies, autour du buffet, qui me permettent de mieux connaitre, semaine après semaine, les parcours de vie, les situations et les attentes de mes concitoyens. J’essaie – j’en ai parlé il y a quelques instants – d’ancrer ma réflexion politique dans une compréhension des réalités qui ne passe pas simplement par la lecture des livres et des études mais aussi par ces contacts quotidiens. Ce sont ces contacts quotidiens qui me permettent de comprendre par exemple ce que représentent dans les budgets familiaux modestes certaines hausses d’impôts que les gens de Bercy, depuis leurs bureaux dominant la Seine, jugent marginales. Ce sont ces contacts aussi qui me permettent de prendre mes distances avec certains poncifs qui circulent au sein des élites dirigeantes trop éloignées du terrain : c’est parce que j’ai été maire et que je prolonge cet engagement en étant un député de terrain que je sais que la fameuse « densification » des villes prônées par le discours urbanistique dominant n’est pas consensuel dans la société française. C’est parce que je connais la vie concrète des habitants des espaces périurbains souvent obligés de prendre leurs deux voitures pour aller travailler que je sais que l’écologie ne peut fédérer si elle est punitive. C’est parce que je connais les difficultés concrètes auxquelles sont confrontées les communes qui doivent accueillir des gens du voyage sur leur territoire que je trouve parfois les intentions généreuses du législateur dans ce domaine un peu décalées des réalités. C’est parce que je rencontre des chefs d’entreprise, des acteurs de terrain, que je sais qu’en même temps qu’il y a des chômeurs, il y a aussi sur nos territoires des CDI non pourvus, des personnes qui vivent entre chômage et emploi, et que ceci rend la question plus complexe qu’on ne veut bien le dire lorsqu’on parle simplement et technocratiquement « d’inverser une courbe ».

 

Dans mon activité de terrain, je m’efforce bien sûr aussi de suivre les dossiers collectifs importants. L’année 2013 a été marquée par l’affaire Michelin. Dès l’annonce de l’arrêt de l’activité pneus poids lourds sur le site de Joué, je me suis rendu sur place pour rencontrer les salariés et leurs syndicats. Comme Philippe Le Breton, le maire de Joué, nous avons essayé de mobiliser les habitants pour apporter un soutien sous différentes formes. Nous avons épaulé les syndicats dans leur négociation avec la direction du groupe. Grâce à leur détermination et le savoir-faire des responsables syndicaux auxquels je veux ici rendre hommage, les salariés ont obtenu un plan social à peu près acceptable, notamment sur les mesures d’âge. Avec les autres élus concernés, nous avons obtenu du PDG de Michelin l’engagement d’implanter une autre activité du groupe en Touraine. Sur le fond, il reste évidemment 700 emplois qui disparaissent, après les saignées des décennies précédentes, 700 emplois qui ne seront pas disponibles pour absorber la force de travail de 700 jeunes tourangeaux. Mais, au moins, nous n’avons pas baissé les bras, nous nous sommes battus, collectivement, sans tomber dans les jeux de rôle et l’instrumentalisation politicienne du dossier, dans l’intérêt exclusif des salariés et du territoire. J’ai également pris des initiatives en 2013 pour essayer par exemple d’avancer sur les nombreux problèmes posés dans les cantons de Sainte Maure et Richelieu par le chantier de la nouvelle ligne TGV Paris Bordeaux. Et j’ai bien sûr essayé d’être présent et utile lors des intempéries qui ont frappé une partie de nos vignerons et de nos communes au printemps dernier.

Je m’efforce aussi d’exercer pleinement ma fonction d’intermédiaire entre le terrain, les acteurs socio-professionnels de ma circonscription et le processus d’élaboration législative. J’organise des réunions régulières, par cantons ou communautés de communes, avec les élus, je rencontre les syndicats, je visite les entreprises et leszones d’activité économique. J’ai été heureux par exemple de pouvoir récemment défendre dans l’hémicycle des amendements à la loi agricole élaboré au terme d’une réunion avec les représentants locaux de la profession. Je ferai le même travail avec les lois à venir sur l’économie sociale et solidaire ou la décentralisation.  

J’essaie aussi de venir financièrement en aide à nos associations et nos communes à travers la désormais modeste réserve parlementaire – 130 000 € – qui nous est affectée et que j’essaie de ventiler en priorité vers les petites communes de moins de 1 500 habitants qui ont, par définition, moins d’autofinancement et d’accès aux aides pour réaliser par exemple la remise en état de leurs voiries, l’aménagement de leurs centre-bourgs, la réfection de leur patrimoine ou les travaux d’accessibilité de leurs équipements.

Enfin, je n’oublie pas, dans cette activité de terrain, tout le travail qui est fait, avec mes trois collaborateurs, Mathieu, Mina, Michaël, que je veux remercier ici car sans eux rien de tout cela ne serait possible , pour répondre aussi aux demandes individuelles qui nous sont adressées. Face aux aléas de la vie, aux difficultés administratives, de nombreuses personnes ont besoin d’être aidées ou accompagnées dans leur démarche et, sans nous substituer aux institutions faites pour cela – pôle emploi, les missions locales, les travailleurs sociaux,…- nous essayons de donner un coup de main quand nous le pouvons, en exerçant notre capacité d’influence ou notre capacité à ouvrir certaines portes pour celles et ceux devant qui on les ferme souvent. Au total plus de 500 personnes ont par exemple été reçues en 2013 dans nos permanences. C’est la volonté de rendre pleinement ce service de base qui nous a conduit, d’ailleurs, à fermer notre bureau de Chinon, qui n’attirait que les habitants de Chinon même, pour le remplacer par des permanences itinérantes le vendredi matin dans les chefs-lieux de canton du pays du Chinonais (sauf à Azay, où nous pensons que les gens peuvent plus facilement se rendre à notre bureau de Joué) et tenir mieux compte aussi du fait qu’une partie des personnes qui ont besoin de notre aide ont parfois aussi des difficultés à se déplacer. 

Je prends du temps enfin, chaque semaine, pour essayer d’informer le mieux possible les habitants de cette vaste circonscription de ce que je fais. Depuis juin, nous diffusons dans les boites aux lettres une lettre trimestrielle, ce qui nous donne aussi l’occasion de bien connaître les recoins magnifiques, les petits ruisseaux et les belles propriétés de la circonscription et de faire les séances de sport en plein air dont le reste de notre emploi du temps ne nous laisse plus le temps. Nous diffusons aussi par mail un flash info ponctuel dès qu’il y a une actualité nationale ou locale qu’il nous paraît utile de diffuser. Cette approche est fondamentale. J’ai observé à l’occasion de ma dernière campagne qu’une partie des élus continuent de penser qu’une implantation politique consiste à établir des relations solides avec un milieu restreint de personnalités supposées avoir de l’influence sur le reste de la population. Cette conception notabiliaire était bonne pour le XIX ème siècle, un peu pour le XXème, elle est totalement dépassée au XXI ème commençant. Nous sommes dans une société d’individus éduqués et autonomes, qui n’ont pas besoin qu’on leur tienne la main pour leur dire ce qu’ils doivent penser ou pour qui ils doivent voter, mais qui ont juste besoin – c’est devenu essentiel – d’être bien informés pour former leur jugement. Je continuerai en 2014 de m’inscrire résolument dans cette conception moderne d’une communication la plus directe possible avec les habitants de ma circonscription et je veux remercier aussi au passage les militants ici présents qui nous aident régulièrement dans ce travail.

Voilà, Mesdames, Messieurs, chers amis, l’essentiel de ce que je voulais vous dire à l’occasion de ces vœux. Il y a bien d’autres sujets bien sûr dont je voudrais vous parler. Les questions internationales : je ne les ai pas évoqué mais je me dois d’avoir avec vous une pensée pour nos soldats engagés en ce moment même sur différents fronts africains. Les échéances électorales qui arrivent : je dirai simplement que j’ai beaucoup d’admiration et de respect pour l’immense travail qui est réalisé par les élus locaux, qui contredisent au quotidien l’image démagogique d’une classe politique corrompue œuvrant à ses intérêts propres, et que j’espère que les Français, en Touraine comme ailleurs, sauront d’abord s’intéresser dans les municipales qui arrivent à ce travail local.

A tous ceux qui sont engagés dans des combats, je souhaite du courage et de la réussite. A vous toutes et tous, je souhaite bonheur et santé pour la nouvelle année. Je sais pouvoir compter sur vous pour m’épauler concrètement sur le terrain et me donner de la force pour ce que je fais à Paris. Vous pouvez compter sur moi pour rester fidèle à nos engagements et nos valeurs communes. Je vous remercie !

Interview au Nouvel Obs – Pacte de responsabilité avec les entreprises: “Je suis perplexe”

Le député PS Laurent Baumel, animateur du courant gauche populaire, regrette que le président n’ait pas été plus précis sur les “contreparties” demandées aux entreprises.

Pour beaucoup de parlementaires de la majorité, la troisième conférence de presse accordée par François Hollande depuis le début du quinquennat devait être l’occasion de “clarifications” sur le “pacte de responsabilité” évoqué lors des vœux présidentiels du 31 décembre. Le chef de l’Etat avait alors évoqué des “contreparties”, demandées aux entreprises en échange de l’allègement du coût du travail. Les intéressés devront patienter encore un peu. En annonçant “la fin des cotisations familiales” d’ici 2017 pour les entreprises et les travailleurs indépendants, François Hollande s’est surtout concentré sur le volet “allègement” de la réforme qu’il envisage. Réaction de Laurent Baumel, député PS d’Indre-et-Loire et animateur du courant “gauche populaire”.

Vous attendiez “confirmation” que les contreparties exigées des entreprises seraient bien “réelles”. Etes-vous satisfait des nouveaux éléments apportés par François Hollande ?

- Sur le fond, il a été un peu plus précis que lors de ses vœux du 31 décembre, mais les contours du pacte de responsabilité restent flous. Le président a laissé entendre que le Crédit d’impôt compétitivité emploi pourrait être remis en cause, ce qui demande à être confirmé. Son discours n’était pas très clair et ne garantit pas que la baisse des charges soit complètement subordonnée à la création d’emplois. Lui-même a utilisé beaucoup de “si”. Il ne faudrait pas se contenter de vérifications a posteriori. Un dispositif serré s’impose.

François Hollande affirme par ailleurs que le gouvernement engagera sa responsabilité devant l’Assemblée nationale. Or, il le fait implicitement à chaque fois. Lorsqu’il s’agit, pour les députés, de voter un texte, la pression est toujours là.

J’en retiens que nous nous trouvons aujourd’hui à un stade où la proposition n’est pas finalisée, c’est plutôt une première étape. Je suis perplexe.

Vous aviez applaudi l’annonce d’une réforme fiscale, mais elle n’a pas été évoquée lors de la conférence de presse

- Que devient-elle ? Est-elle aujourd’hui enterrée ? Réduite à la baisse des charges ? Pas une seule fois François Hollande n’a prononcé les mots de “justice” ou de “pouvoir d’achat”. Il a toutefois confirmé qu’il n’y aurait pas de transfert de charges des entreprises vers les ménages. C’était un des éléments les plus précis de son intervention.

Le président de la République a été amené à se justifier, à plusieurs reprises, sur le fait qu’il se situait effectivement sur une ligne “social-démocrate”. Qu’avez-vous pensé de sa réponse ?

- Dans la tonalité générale de son discours, dès qu’il évoque une gauche juste, c’est sous l’angle de l’efficacité économique. En cela, il se situe plus sur une aspiration semblable à celle de Tony Blair dans les années 90. Pour moi, la social-démocratie est la recherche d’un compromis entre l’efficacité du marché et la justice sociale.

Propos de Laurent Baumel recueillis par Audrey Salor – Le Nouvel Observateur

20 Minutes – Réforme fiscale: “Mieux vaut tard que jamais”

Retrouvez mon interview sur la réforme fiscale annoncée par le Premier ministre dans 20 minutes.

INTERVIEW – Le député d’Indre-et-Loire est un des socialistes qui défend depuis longtemps l’idée d’une réforme fiscale. Il commente pour «20 Minutes» l’idée de «remise à plat» du système imaginée…

Fusionner la CSG et l’Impôt sur le revenu pour rendre l’imposition plus progressive. L’idée avait été soufflée aux socialistes par l’économiste Thomas Piketty. François Hollande en avait fait la promesse numéro 14 de son programme puis l’idée d’un «grand soir fiscal», comme en parlait Bernard Cazeneuve avec mépris, avait été balayée. Depuis des années, Laurent Baumel militait pour cette idée. Après juin 2012, ce fondateur de la Gauche populaire avait tenté de faire pression sur le gouvernement en étant notamment le premier signataire d’un amendement de 75 députés qui réclamait plus de progressivité dans le calcul de la CSG. 

Avez-vous été surpris par l’annonce de Jean-Marc Ayrault? Et n’êtes-vous pas un peu déçu qu’il le fasse dos au mur?

Oui. Je suis bien conscient que le gouvernement a agi à cause du climat politique. Mais mieux vaut tard que jamais. Toute la semaine d’avant, le Premier ministre s’est senti acculé. Il entendait quelqu’un comme Malek Boutih demander sa démission. Plutôt que d’en appeler de façon incantatoire à la solidarité gouvernementale, il a préféré faire bouger les lignes, provoquer du mouvement. C’est une bonne chose même si le président de la République me semble moins enthousiaste. Le seul bémol est qu’il ne soit pas revenu sur les hausses de TVA du 1er janvier.

Quel est l’intérêt d’une réforme fiscale et notamment d’une fusion entre la CSG et l’Impôt sur le revenu?

C’est une des façons de sortir de la nasse fiscale par le haut. Plutôt que de multiplier les petites taxes et les hausses impopulaires qui plombent le quinquennat, il faut simplifier le système. La fusion CSG-IR serait la méthode idéale. Mais si la fusion amène des blocages politiques, nous pouvons au moins rendre plus progressive la CSG. De toute façon, tout ce qui nous permettra de baisser le niveau d’imposition des plus modestes doit être jugé prioritaire par notre majorité. Il faut aller vite pour que les premières mesures entrent en application dès le vote du budget 2015 [à l’automne 2014].

Allez-vous participer à l’élaboration de cette réforme?

Je vais la suivre avec attention parce qu’il y a beaucoup de choses à préciser, par exemple sur la place qui sera donnée au Parlement dans l’élaboration de cette réforme car la fiscalité est clairement une prérogative des représentants du peuple. Cette semaine, le groupe PS doit aussi mettre en place une commission de travail pur réfléchir à ces questions. Ce n’est pas une question de noms mais je serai aussi attentif à sa composition car il serait bien d’écouter les députés qui se battent sur ce sujet depuis des mois.

Propos recueillis par Matthieu Goar