Des pistes pour résoudre la crise du Parti socialiste

J’ai publié ce matin une tribune dans Médiapart afin de proposer des pistes pour résoudre la crise du PS.

Avec l’abstention récurrente des députés dits « frondeurs », les interventions publiques de Martine Aubry, les déclarations des anciens ministres, s’est répandu ces derniers jours dans les médias le sentiment que l’ampleur de ses déchirures internes serait en train d’amener le Parti socialiste au bord d’une rupture interne.

Cette impression n’est évidemment pas sans fondement. Les deux choix essentiels de la politique économique gouvernementale – la baisse soutenue des dépenses publiques et les allègements massifs de prélèvements offerts aux entreprises sans ciblage et sans contreparties – engendrent des divergences dont l’épaisseur dépasse à l’évidence « la feuille de papier à cigarette ». Entre ceux qui voient dans ce cocktail la clé du redressement financier et industriel du pays et ceux qui l’accusent d’aggraver la récession et de dilapider les ressources publiques, entre ceux qui pensent que les effets bénéfiques à long terme de cette politique justifient son impopularité de court terme et ceux qui jugent inadmissible et dangereux de faire l’impasse sur tous les rendez-vous démocratiques de la gauche avec le pays, il y a un écart manifeste que ne peuvent simplement combler des appels incantatoires à l’unité des socialistes.

Si l’on veut bien faire la part des choses, et ne pas prendre totalement au premier degré les emballements médiatiques auto-entretenus par le jeu des petites phrases sorties de leur contexte et des sur-réactions elles-mêmes biaisées qu’elles provoquent, le schisme ou la scission du Parti socialiste ne constituent pas pour autant l’aboutissement mécanique, inéluctable de cette confrontation. Même si certains ne résistent pas à la tentation de recycler les vieilles analyses sur le prétendu « remords du pouvoir » des socialistes français, le débat actuel n’a pas en effet la portée philosophique et stratégique de celui qui opposa au début du siècle précédent Jean Jaurès et Jules Guesde sur l’opportunité même d’exercer le pouvoir dans une économie capitaliste. Il n’est pas davantage le débat des années soixante-dix entre première et deuxième gauche. Tous les socialistes – y compris ceux que l’on classe à tort ou à raison dans « l’aile gauche » – reconnaissent les atouts de l’économie de marché, admettent la nécessité d’être attentifs aux conditions de rentabilité des investissements et sont d’accords pour aider les entreprises qui en ont réellement besoin. Le débat actuel est un débat sérieux, parce qu’il porte sur les moyens d’atteindre les objectifs qui ont été posé par le Président de la République lui-même, mais il est encore, à bien des égards un débat sur « la position des curseurs ». La plupart des militants socialistes, même lorsqu’ils soutiennent la politique de l’exécutif, récusent d’ailleurs l’idée que celle-ci serait la déclinaison d’un basculement idéologique nécessaire dans une forme de social-libéralisme tournant le dos aux valeurs et analyses antérieures de la gauche. Au groupe socialiste à l’Assemblée nationale, nombre de députés sont solidaires du gouvernement dans les votes mais partagent des interrogations et des doutes sur les équilibres de la politique actuelle.

Pour sérieuses qu’elles soient, les divergences actuelles sont donc également solubles. Chacun connait parfaitement la voie de bon sens qu’il conviendrait d’emprunter pour réunifier les socialistes, l’ensemble de la gauche et remettre le quinquennat sur ses rails : revoir à la baisse l’enveloppe financière astronomique consacrée aujourd’hui à la baisse inconditionnelle d’impôts des entreprises et éviter ainsi de baisser les dotations des collectivités locales ou les prestations sociales et familiales ; reventiler une partie de cette enveloppe vers une vraie réforme fiscale améliorant de façon plus nette le pouvoir d’achat des couches populaires et moyennes et effaçant ainsi réellement les hausses d’impôts injustes du début du quinquennat. En incluant des mesures de pouvoir d’achat dans son pacte de responsabilité, en renonçant à la folie qui aurait consisté à vouloir faire les 3 % à tout prix, le gouvernement a déjà mis un peu d’eau dans son vin. Il pourrait par exemple faire un pas important en renonçant à la suppression, pour presque 6 milliards d’euros, de l’obscure « contribution de solidarité » (C3S) payée par les grandes entreprises, suppression octroyée à la demande du syndicat patronal et qui grève les finances publiques sans que personne ne puisse sérieusement croire qu’elle créera des emplois.

Pour qualifier les attitudes actuelles au sein du Parti socialiste, on a beaucoup parlé ces derniers jours des « postures » des uns et des autres. Pour emprunter la voie du bon sens et de la réconciliation, il faudrait à tout le moins que les deux têtes de l’exécutif consentent à réinterroger aussi un peu la leur. Le Premier ministre doit cesser de chercher à construire sa propre image de réformateur moderne et courageux par la confrontation délibérée avec les pans de la gauche qui expriment leur réticence à sa politique. Il doit comprendre que la « clarification » à laquelle il a cru nécessaire et habile de procéder en éjectant du gouvernement ceux qui ne pensaient pas comme lui n’a pas renforcé le collectif dans cette période difficile. Il doit se placer réellement en position de dialogue avec sa majorité et renoncer à ne mobiliser celle-ci que par des votes de confiance et des appels martiaux et répétés à une « responsabilité » désormais vide de sens. Le Président de la République doit, de son côté, sortir de « l’inflexibilité » désastreuse dans laquelle l’enferme pour son propre malheur l’imaginaire politique obsolète de la Cinquième République qui interdit au monarque tout puissant, une fois le cap fixé par lui, de négocier sa politique avec sa majorité. En assumant au contraire cette réinterprétation moderne des institutions, en expliquant au patronat qui n’a guère fait d’efforts jusqu’à présent que la France n’est pas seulement une entreprise mais aussi une démocratie avec ses électeurs et ses parlementaires, il ne perdrait pas la face mais montrerait au contraire qu’il reste un dirigeant politique capable de faire mouvement dans cette période historique incandescente qui appelle des initiatives urgentes.

Rééquilibrer la politique économique du gouvernement en faveur des ménages

Ce matin, je suis intervenu dans l’hémicycle, au cours du débat sur le budget de la sécurité sociale, pour demander de revenir sur un allègement d’impôt attribué aux grandes entreprises (la suppression progressive de la contribution sociale de solidarité des entreprises) afin de financer le soutien à la demande et au pouvoir d’achat des ménages modestes. Avec plusieurs de mes collègues députés, nous plaidons depuis plusieurs mois pour un tel rééquilibrage de la politique économique du gouvernement.

La vidéo de mon intervention:

“Martine Aubry crédibilise nos analyses et nos propositions”

J’étais hier soir l’invité d’I-Télé pour exprimer ma position sur le budget 2015 et sur la contribution utile de Martine Aubry au débat sur la politique économique du gouvernement.

Invité du journal de LCI – Budget 2015

J’étais ce midi l’invité du journal de LCI pour expliquer mes positions sur les budgets 2015 de l’Etat et de la Sécurité sociale qui arrivent en discussion à l’Assemblée nationale cette semaine.

Rentrée parlementaire, budget 2015, sanctions contre les “frondeurs”: mon interview à Radio Classique

J’étais hier soir l’invité de Patrick Poivre d’Arvor sur Radio Classique pour évoquer la rentrée parlementaire, le budget 2015, Vive la gauche et les sanctions prises par Bruno Le Roux contre certains de mes collègues en raison de leurs prises de positions.

Pour réécouter l’émission: http://www.radioclassique.fr/player/progaction/initPlayer/podcast/2014-09-30-19-12-39.html

Je n’ai pas voté le budget rectificatif de la sécurité sociale

Cet après-midi, comme plusieurs dizaines de collègues de l’Appel des 100 je n’ai pas voté le projet de loi de financement rectificatif de la sécurité sociale.

Dès l’origine, ce deuxième collectif budgétaire, qui amorce la mise en œuvre du « pacte de responsabilité » annoncé le 14 janvier par le président de la République, ne pouvait être voté « en l’état ». Les discussions dans l’hémicycle sur les amendements n’ont permis aucune avancée concrète.

Avec mes collègues, nous refusons une politique de baisses de “charges” pour les entreprises non ciblées et non conditionnées, financée, de surcroît, par de nouvelles restrictions du pouvoir d’achat des couches populaires et moyennes et par la réduction de l’investissement public.

Cette politique inadaptée à la conjoncture économique actuelle multipliera les effets d’aubaine sans contribuer réellement au recul du chômage. Nous la jugeons également contraire à l’idée du «redressement juste» et au contrat démocratique passé avec les Français lors des élections présidentielles et législatives.

Nous ne pouvons accepter, en outre, que le Medef puisse dicter sa loi, comme l’a encore tristement illustré le recul inacceptable sur le compte pénibilité, pourtant un acquis majeur de la récente réforme des retraites.

Le vote de ce mardi 8 juillet prolonge notre appel au lendemain des élections municipales. Au cours de ces cent jours, nous avons montré que d’autres choix, plus efficaces, plus justes et rassemblant la gauche, étaient possibles.

Par nos amendements et nos votes, nous avons pris nos responsabilités de parlementaires représentants des citoyens et des territoires pour que le message des élections municipales et européennes ne soit pas oublié.

Persuadés qu’il n’est pas trop tard pour remettre les réformes sur de bons rails et faire réussir la France, nous continuerons résolument au cours des prochains mois à faire entendre cette voix de gauche, libre et indispensable pour l’avenir de notre pays.

Interview sur France Info: la “fronde” des députés socialistes “n’est pas terminée”

J’étais ce matin l’invité de France Info. J’ai pu exprimer mes positions sur les collectifs budgétaires en discussion à l’Assemblée nationale et sur la mobilisation des députés de l’Appel des 100 qui refusent les allègements fiscaux sans conditions aux entreprises et qui plaident pour plus de justice sociale.


Baumel : la “fronde” des députés socialistes “n… par FranceInfo

Mes combats dans l’hémicycle

Dans l’hémicycle hier soir, je me suis opposé, avec d’autres collègues de la majorité, aux articles du projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale qui mettent en oeuvre le “pacte de responsabilité” et qui prévoient des allègements fiscaux massifs (suppression de la C3S due par les très grandes entreprises, réductions de cotisations patronales) sans contreparties ni conditions pour les entreprises.

La vidéo de mon intervention sur l’article 2 qui allège les cotisations patronales

La vidéo de mon intervention sur l’article 3 qui supprime la Contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S)

 

Les députés de l’Appel des 100 proposent l’instauration d’une CSG progressive

Hier soir, à l’occasion du débat sur le projet de loi de financement rectificatif de la Sécurité sociale, j’ai présenté un amendement soutenu par mes collègues de l’Appel des 100 et visant à instaurer une CSG progressive.

La vidéo de mon intervention

La vidéo de l’intégralité du débat

Le 3 juillet 1914, il y a un siècle presque jour pour jour, l’Assemblée nationale adoptait l’impôt sur le revenu progressif. La meilleure manière de lui rendre hommage serait de voter le présent amendement, lorsque le Gouvernement nous permettra d’exercer à nouveau notre droit de vote. Il vise, d’une certaine manière, à rendre à son tour progressif ce qui est devenu le premier impôt en France : la CSG. En votant cet amendement, et je m’adresse plus particulièrement aux membres de la majorité, vous avez la possibilité d’affirmer vos valeurs.

Depuis des décennies, nous plaidons pour une grande réforme fiscale qui mettrait fin à la dégressivité de notre système fiscal. Nous l’avions fait en juillet 2012, en alignant les revenus du capital sur ceux du travail. L’ancien Premier ministre avait proposé de remettre la réforme fiscale sur le métier. Elle s’est depuis un peu perdue dans les sables. À travers cet amendement, nous proposons de le faire à nouveau.

Vous avez également la possibilité de mettre en œuvre l’engagement de campagne n14 du Président de la République et d’être respectueux du contrat démocratique pris ensemble devant les électeurs.

En outre, j’indique, sans ironie et avec conviction, que vous avez la possibilité de rester dans l’histoire, non pas seulement comme la première majorité de gauche qui aura voté 40 milliards de baisses de charges et d’impôts sur les entreprises, mais également comme celle qui aura réalisé cette grande réforme fiscale, que des hommes et des femmes attendent depuis longtemps.

Enfin, en votant cet amendement, vous avez également la possibilité d’initier une véritable politique de soutien au pouvoir d’achat, certes esquissée dans d’autres articles, mais qui a besoin d’être renforcée. L’amendement que nous proposons bénéficierait à 95 % des Français. Ce sont 4 milliards d’euros qui seraient rendus en 2015, 12 milliards en 2016, 14 milliards en 2017.

Bien sûr, l’on nous demandera comment financer ce dispositif. Notre démarche s’inscrit dans une cohérence d’ensemble. Nous proposons, en effet, de financer cette politique de la demande par une relative réduction des montants alloués aujourd’hui à la politique de l’offre.